Gérer une entreprise, c’est faire des arbitrages à chaque instant. Diriger, c’est anticiper, choisir et mettre en place les conditions permettant de s’adapter à toutes les situations. Dans ce sens, les deux enjeux fondamentaux de l’entreprenariat sont le risque et l’inconnu. Afin d’aborder ces problématiques incontournables, Ellisphere a choisi de donner la parole à Marc Thiercelin, skipper au palmarès impressionnant et « entrepreneur de la mer ».

Parlez-nous de votre parcours atypique en quelques mots. Qu’est-ce qu’un « entrepreneur de la mer » ?

Prendre la mer est une véritable entreprise, surtout s’il s’agit d’une course en solitaire. La course au large est devenue un métier d’entrepreneur : la navigation était à l’origine un sport de gentlemen mais ma génération a structuré et professionnalisé ce métier.

En ce qui me concerne, il y a d’un côté le palmarès, la compétition sportive, mon total de 700 000 km parcourus à la voile sur tous les océans du monde. D’un autre côté, il y a aussi en trente ans, 300 salariés, des équipementiers, des experts comptables ou encore des avocats. Il faut savoir qu’un Vendée Globe fait vivre pendant quatre ans des centaines de salariés en direct et un millier d’entreprises, majoritairement des PME et des TPE, à l’image du tissu entrepreneurial français.

Par ailleurs, je suis également guidé par la transmission. C’est pour cette raison que j’ai créé de nombreuses écoles de voile et que je donne depuis vingt ans des conférences en entreprise. J’ai toujours favorisé les jeunes générations dans mes projets, notamment en privilégiant l’emploi de jeunes de moins de 26 ans, ce qui constitue une prise de risque assumée, mais aussi et surtout une véritable  foi en l’avenir.

Enfin, dans un milieu où les navigateurs comme les équipes techniques sont souvent des ingénieurs, mon profil est atypique : je suis plutôt un créatif et un agitateur d’idées. Avec ma société, Compagny Thiercelin, nous avons un grand projet à bord d’un trimaran Ultime géant, et aussi la création d’une Academy afin de faire vivre la transmission de savoirs, et de passions !

Comment a évolué la prise de décision en voile et quels sont les impacts de ces changements ?

Le processus de prise de décision est complexe en voile : la nécessité de hiérarchiser et  d’envisager la fiabilité des informations que l’on traite, choisir entre des perspectives contradictoires, envisager les effets à court mais également à moyen terme de ses choix, placent les coureurs face à des dilemmes. « L’urgence décisionnelle » de la situation concurrentielle liée à la course, est une contrainte spécifique que nous devons maîtriser.

Traditionnellement, les navigateurs « subissaient » leurs traversées, ils avaient une façon d’aborder les mers que je qualifierais de « romantique ». Par la suite, le monde des ingénieurs a pénétré le secteur nautique, créant ainsi une nouvelle ère, plus rationnelle avec une meilleure gestion de la sécurité et de la performance grâce aux innovations technologiques. Les années 90 ont de ce fait changé la façon de naviguer avec le vent.

L’essor du numérique apporte une toute nouvelle dimension stratégique et offre plus de confort sur trois domaines primordiaux : la médecine, la météo et la communication.

Par exemple, les navigateurs se repéraient à l’origine à l’aide de cartes marines, en faisant des relevés de position. Aujourd’hui, le tracking AIS, une carte interactive des navires, offre la possibilité de voir les autres bateaux et d’être vu par ces derniers. Cet outil permet aussi de connaître leur vitesse, leur type et de visualiser les routes de collision.

Naturellement, comme pour un dirigeant d’entreprise, nos prises de décision et notre gestion du risque sont influencées par les nouveaux outils digitaux qui nous permettent des prises de décision plus rapides et plus efficaces, grâce notamment au traitement des données.

Pourquoi faire évoluer sa prise de décision ? Quels sont les avantages mais aussi les risques à ne pas évoluer ?

Le sport de haut niveau se définit par sa notion d’excellence, ce que je qualifierais également de « bel ouvrage ». Afin d’entretenir cette excellence et de la sublimer, il est nécessaire de toujours chercher le progrès pour améliorer sa performance.

Pour l’anecdote, lors de la première course en solitaire en 1969, le vainqueur Robin Knox-Johnston a remporté le titre après une traversée de 313 jours, ce qui représente quasiment une année. A Noël dernier, le vainqueur a effectué cette même traversée en 50 jours. Nous pouvons donc constater les progrès accomplis en près de 50 ans ; les compétiteurs ont en effet cherché à réaliser des performances de plus en plus belles et de plus en plus efficaces.

Pour ma part, j’ai dû très rapidement me familiariser avec les premiers outils digitaux. En 1996, quelques jours avant mon départ au Vendée Globe, l’un de mes sponsors m’a indiqué que j’allais recevoir toutes les données de navigation sur un ordinateur. J’ai dû apprendre en quelques heures à maîtriser les process et les cheminements, ce qui n’était absolument pas une évidence pour moi. Je suis arrivé second en 113 jours.

Je peux affirmer que sans ces nouveaux outils numériques, je n’aurais pas réalisé cette performance. J’ai dû remettre en cause mes process de gestion des données pour progresser et augmenter mes chances de victoire. J’ai su, au bon moment, m’appuyer sur les bonnes ressources externes pour prendre les bonnes décisions. Sans cette ouverture, cette curiosité et cet accompagnement, les chances de gagner auraient été plus minces.

Comment s’adapter et faire évoluer sa façon de décider ? Quels conseils donneriez-vous aux entreprises ? 

D’une part, je dirais que la clé du succès repose sur l’ouverture d’esprit et la curiosité naturelle. Il ne faut pas subir le changement, il faut l’anticiper et le devancer. L’erreur serait d’essayer de lutter contre le mouvement, et de perdre en ambition et en innovation. Il est absolument nécessaire de rester dans l’air du temps.

D’autre part, je pense que la réussite repose sur le parfait équilibre entre technologie et expertise humaine. C’est cette combinaison qui engendre la bonne prise de décision.

Je recommanderais donc aux décideurs de s’appuyer sur les ressources externes adéquates, de privilégier un bon accompagnement pour se familiariser avec les innovations technologiques et tendre ainsi vers l’évolution de leur process décisionnels en toute sérénité.

Marc Thiercelin

Marc Thiercelin est un navigateur professionnel français originaire de Saâcy-sur-Marne. Ce  compétiteur hors-norme s’est illustré sur des courses célèbres telles que le Vendée Globe, la Solitaire du Figaro, la Transat Jacques Vabre, et de nombreuses autres courses au large. « Captain’ Mark » est également un entrepreneur doublé d’un enseignant accompli, qui sait s’adresser aussi bien aux enfants qu’aux adultes sur une multitude de thèmes touchant à la navigation ou au monde de l’entreprise.

Franchissez le cap avec Ellisphere

Héritière de 120 années d’innovations, Ellisphere est la référence de l’information décisionnelle en France et à l’international via le réseau BIGnet. Ainsi, Ellisphere accompagne et sécurise les prises de décisions des acteurs économiques – entreprises et financeurs – en leur délivrant de l’information économique et financière sur leurs partenaires commerciaux. Ces solutions d’information permettent aux acteurs économiques de faire face à leurs multiples enjeux, qu’il s’agisse de conquérir de nouveaux clients, de maîtriser leurs risques ou encore de se conformer à la réglementation. L’expertise des 350 collaborateurs d’Ellisphere contribue à développer des solutions innovantes, notamment en scoring, analyse financière ou notation privée.

A l’occasion de ses rencontres clients, Ellisphere donne la parole au célèbre navigateur. Prochaine manifestation : le 14 décembre à Marseille.

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