Restructurations financières, faillites de géants, les temps sont durs pour les entreprises du secteur des jeux et jouets. Entretien avec Franck Paquotte, chargé d’études économiques et de partenariats chez Ellisphere.

En cette période festive et propice aux cadeaux, comment se portent les fabricants et distributeurs de jeux et jouets en France ?

Le moins que l’on puisse dire, c’est que les temps sont difficiles pour les spécialistes du secteur.  En ce qui concerne les fabricants de jouets, des plans de restructurations ont été annoncés récemment chez Mattel et Lego. La concentration de ces grands acteurs traditionnels devrait logiquement se poursuivre.  Pour ce qui est des distributeurs, la situation n’est malheureusement guère plus joyeuse : des restructurations financières ont touché les enseignes françaises King Jouet (2010), La Grande Récré (2016) et cette année, le géant américain Toys’R’Us s’est déclaré en faillite.

A quelles difficultés spécifiques sont confrontés les acteurs de ce secteur ?

En premier lieu, ce marché présente une très forte saisonnalité, imposant aux distributeurs de renforcer leurs outils et leurs équipes à l’approche des fêtes de fin d’année. En effet, plus de 55 % des ventes sont réalisées lors du dernier trimestre, dont 37% lors du seul mois de décembre. Les mois suivants sont des périodes très creuses en termes d’activités. Les entreprises du secteur sont également victimes d’une offre pléthorique et banalisée par une distribution multicanal (détaillants indépendants, réseaux d’enseignes, grande distribution, internet) et des effets de mode de plus en plus marqués avec le phénomène des licences notamment. Ces dernières années, l’essor des achats sur internet avec l’émergence des « pure players » a également accentué la pression concurrentielle, déjà forte de la part des hypermarchés, avec un effet sur les prix de vente et la logistique de distribution. Enfin, sur ce segment, les attentes des consommateurs évoluent vers des produits plus sûrs, éthiques et éducatifs.

Quelle part représentent ces acteurs spécialisés sur le marché français ?

En France métropolitaine, les intervenants spécialisés sont désormais peu nombreux sur le marché. En novembre 2017, nous comptions environ 2 700 entreprises actives dont 64 % dans le commerce de détail de jeux et jouets en magasin spécialisé, et 36 % dans la fabrication de jeux et jouets. Ce nombre a peu progressé depuis 2016 avec + 0,9 % sur un an, et ne représente que 0,03 % du tissu entrepreneurial sur le plan national !

Comment se traduisent les difficultés rencontrées par les entreprises du secteur ?

Si de prime abord, le nombre de défaillances comptabilisées – ouvertures de redressements et liquidations judiciaires directes sur 12 mois glissants – peut paraître limité, le taux de sinistralité du secteur demeure élevé : près de 2 % des entreprises ont fait faillite sur 12 mois glissants fin novembre 2017 ! Contre un taux de 0,6 % sur l’ensemble du territoire, tous secteurs confondus. Ce taux est particulièrement important pour les commerçants de détail. Près de 3 % d’entre eux ont connu une défaillance sur les 12 derniers mois. De plus, dans 84 % des cas, une liquidation judiciaire directe a été prononcée entraînant ainsi la disparition du fonds de commerce. Ce qui bien sûr impacte très durement la situation économique du secteur.

Quel est le profil type des entreprises les plus touchées ?

Fin novembre 2017, les entreprises défaillantes étaient le plus souvent des entreprises de petite taille et relativement jeunes : 78 % déclaraient moins de 3 salariés, 85 % moins de 500 000 euros de chiffre d’affaires, et 31 % avaient moins de 3 ans d’existence. 90 % d’entre-elles sont des sociétés commerciales dont 98 % de détaillants du jouet.

Quelles perspectives pour les entreprises du secteur ?

Outre la poursuite de la concentration chez les fabricants, le tissu entrepreneurial des détaillants en boutique devrait encore souffrir. Au sein des grandes enseignes de distribution, les restructurations financières touchent déjà les fonds de commerce les moins rentables avec des fermetures programmées, autant pour les magasins en propre que pour les affiliés. La part des indépendants hors réseaux continuera de décroître. Côté marketing, les opérateurs devront coller au plus près des attentes des consommateurs afin d’optimiser en amont leurs choix de gamme, et améliorer ainsi les coûts et la gestion des stocks. Enfin, quelles que soient leurs tailles, les acteurs devront poursuivre leur migration vers la distribution multicanal, avec d’un côté la vente sur internet, et de l’autre, des magasins offrant plus de services et conseils aux consommateurs pour maintenir le lien physique en boutique.

Pour plus d’informations sur ces statistiques  pole_statistiques_economiques@ellisphere.com

L’expertise d’Ellisphere
Héritière de 120 années d’innovations, Ellisphere est la référence de l’information décisionnelle en France et à l’international via le réseau BIGnet. Ainsi, Ellisphere accompagne et sécurise les prises de décisions des acteurs économiques – entreprises et financeurs – en leur délivrant de l’information économique et financière sur leurs partenaires commerciaux. Ces solutions d’information permettent aux acteurs économiques de faire face à leurs multiples enjeux, qu’il s’agisse de conquérir de nouveaux clients, de maîtriser leurs risques ou encore de se conformer à la réglementation. L’expertise des 350 collaborateurs d’Ellisphere contribue à développer des solutions innovantes, notamment en scoring, analyse financière ou notation privée.

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