Jamais, depuis 2008, le courant d’affaires n’a été aussi soutenu. L’industrie et la grande distribution affichent, dans des proportions appréciables, des indicateurs au vert plus entrevus (hormis dans le e-commerce) depuis la crise financière et économique de 2008-2009. Les bilans sectoriels 2016 l’ont indéniablement confirmé (voir notre Hors Série Marchés 106). Pour autant, il convient de savoir raison garder et de s’assurer que la flamme de la reprise économique ne s’éteindra pas au premier courant d’air venu. C’est un peu, en substance, le sentiment de Max Jammot, responsable du pôle économique d’Ellisphere, une société spécialisée dans la délivrance d’informations économiques et financières (data, enquêtes, notation privée, scoring) sur les entreprises.

Propos recueillis par Slimane Boukezzoula et publiés dans L’Officiel des transporteurs du 10 novembre 2017

L’Officiel des Transporteurs : Dans le secteur du transport de marchandises (souvent présenté comme l’un des baromètres de l’économie), depuis de longs mois, l’activité est très soutenue. On parle de sous-capacité de moyens (roulants) pour servir les flux de l’industrie et de la grande distribution. En clair, l’économie se porte bien. Vos indicateurs confirment-ils cette conjoncture ? Quel regard portez-vous sur la situation économique du pays ?

Max Jammot : Il est indéniable  que la France bénéficie actuellement d’une embellie économique ; après des années de croissance molle, le PIB devrait progresser d’environ 1,6 % en 2017. Si les indicateurs sont au vert et prêtent à l’optimisme, il est encore trop tôt pour ancrer cette tendance. Le marché du travail donne cependant des signes de reprise encourageants, dans la continuité d’une année 2016 qui s’est achevée sur un niveau inégalé de créations nettes d’emplois depuis la crise financière de 2008. La situation financière des entreprises s’est également améliorée, du fait, entre autres, de l’instauration du CICE (crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi) en 2013, suivie du Pacte de responsabilité.

En 2016, le secteur Transports & logistique s’est globalement bien comporté, avec une progression de ses créations d’entreprise (+ 52 % sur un an), compensant largement une hausse des disparitions d’entreprises (+ 17,1 %). Avec Internet, ce secteur a bénéficié d’une croissance des marchés du petit colis et de la logistique du dernier kilomètre, offrant ainsi  des opportunités à de nouveaux intervenants.

L’Officiel des Transporteurs : Dans tous les secteurs de l’économie, le nombre des défaillances est en recul, y compris dans le transport routier de marchandises. Comment faut-il interpréter, selon vous, cette tendance ?

Max Jammot : A fin septembre 2017 sur 12 mois glissants, en France métropolitaine, tous secteurs confondus, la baisse du nombre de défaillances d’entreprise* se confirme, passant de 58 899 à 54 371  entités, soit un retrait de 7,7 % sur un an (- 8,9 % à fin juin 2017). Cette tendance baissière est sensiblement plus marquée pour les entreprises individuelles avec – 11,2 % que pour les sociétés commerciales avec – 6,9 %. Cette évolution confirme l’inversion de tendance déjà constatée sur l’année 2016. Sur douze mois glissants, les défaillances d’entreprise passent ainsi sous la barre des 60 000 procédures annuelles. Une première depuis 2009. Il est néanmoins encore trop tôt pour tirer d’éventuelles conclusions ou interpréter objectivement ce que vous-même qualifiez de « tendance »…

L’Officiel des Transporteurs : Quels sont, selon vous, les leviers à l’origine de la bonne tenue de la conjoncture économique, en France et à l’international ?

Max Jammot : L’essentiel de l’amélioration repose sur une meilleure tenue du commerce extérieur, à savoir l’accélération des exportations – bon niveau des livraisons aéronautiques et spatiales, des produits agroalimentaires, des machines industrielles – combinée à une baisse des importations. Mentionnons également le sursaut du tourisme, après une année 2016 difficile liée aux attentats, et un net redémarrage dans le Bâtiment & Travaux Publics. Ce secteur d’activité a ainsi bénéficié du maintien du niveau de constructions locatives sociales, des aides fiscales à l’acquisition et à la rénovation, ainsi que de taux de crédit relativement bas. Ce dernier facteur est déterminant, principalement pour les primo-accédants qui ont pu acquérir leur logement avec de meilleures conditions financières.

L’Officiel des Transporteurs : Quel regard portez-vous sur l’évolution des défaillances dans le transport routier de marchandises sur une année glissante ?

Max Jammot : Il semble préférable d’apprécier la situation avec un recul de plusieurs années. Depuis la crise de 2009, le nombre de défaillances d’entreprise* a oscillé entre 1 700 et 2 000 par an dans le secteur Transports & logistique. Pour l’année 2016, une hausse significative apparaît avec 1 730 jugements, soit une augmentation de 2,3 %, alors que la tendance nationale est orientée à la baisse avec – 7,2 %. Force est de constater que les défaillances du secteur Transports & logistique frappent principalement des entreprises jeunes, 45 % ont moins de trois ans, et de petite taille, 80 % sont des TPE.

A fin septembre 2017, sur 12 mois glissants, l’augmentation des défaillances se confirme pour ce secteur avec + 4,79 %.

L’Officiel des Transporteurs : Au vu des données dont vous disposez, que peut-on attendre de la conjoncture économique nationale pour les prochains mois ? Poursuite de la croissance ? Déflation ? Tensions quelconques ?

Max Jammot : Les données dont nous disposons font état d’une situation à un instant T et ne présagent pas de ce qui va suivre. Si le TRM bénéficie actuellement d’une tendance encourageante, il demeure fragile. Hormis les majors, certains intervenants n’ont pas une assise financière suffisante et présentent une faible profitabilité en raison notamment des coûts salariaux, de la gestion du parc de camions et du prix du carburant. Outre le gazole qui demeure en effet une composante très incertaine, les postes de dépenses les plus sollicités demeurent les coûts, en augmentation, du personnel de conduite, et également la hausse annuelle des péages autoroutiers de classe 4. Sans compter les distorsions de concurrence toujours importantes au sein de l’Europe qui profitent aux plus grandes structures internationalisées et diversifiées au détriment des opérateurs plus nationaux ou spécialistes.

*ouvertures de redressements judiciaires et de liquidations judiciaires directes

 

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